Dans les couloirs de la mairie d’Alytus, au cœur de la région de Dzūkija, l’atmosphère est à la fois studieuse et enthousiaste. Ce qui n’était, il y a neuf ans, qu’une simple expérimentation locale pour impliquer les habitants dans les décisions municipales est devenu aujourd’hui un modèle scruté par les experts de l’Union européenne. La ville vient de franchir une étape historique en devenant la première municipalité de Lituanie à prendre la tête d’un projet du programme URBACT, baptisé CITI4UD.
L’enjeu dépasse largement les frontières de cette ville de 50 000 habitants. Il s’agit de redéfinir la manière dont les citoyens interagissent avec leur administration locale. Récemment, la ville a accueilli Laura Sobral, experte portugaise mandatée par le programme européen, pour poser les jalons de cette collaboration internationale. Reçue par le maire Nerijus Cesiulis et son adjointe Lina Gaidžiūnaitė, l’experte a pu constater que le « modèle d’Alytus » ne repose pas seulement sur des outils numériques, mais sur une culture de l’engagement patiemment construite.
Une expertise lituanienne au service du continent
Le projet CITI4UD (Citizens for Urban Development) rassemble un consortium de six villes européennes aux profils variés : Alghero en Italie, Ampelokipoi-Menemeni en Grèce, Rivas-Vaciamadrid en Espagne, Dublin en Irlande, ainsi que Cimișlia en Moldavie et Podilsk en Ukraine. Toutes ont un objectif commun : s’inspirer de la réussite d’Alytus pour dynamiser leurs propres mécanismes de participation citoyenne.

Pour Alytus, cette position de leader est une reconnaissance du chemin parcouru depuis 2015. À l’époque, la ville lançait ses premières initiatives de budgets participatifs, permettant aux résidents de proposer et de voter pour des projets d’aménagement urbain. Aujourd’hui, l’heure est au perfectionnement. Les discussions avec le groupe de travail local d’URBACT portent désormais sur des questions très concrètes : comment rendre la présentation des projets plus attractive lors des fêtes de quartier ? Comment simplifier les plateformes de vote pour inclure toutes les tranches d’âge ?
Relever les défis de la participation active
Malgré le succès, les obstacles demeurent. L’un des points centraux des échanges avec Laura Sobral a été l’analyse de l’activité des votants. Si les idées foisonnent, transformer l’intérêt passif en action de vote reste un défi universel pour les municipalités européennes. Alytus prévoit d’utiliser ce projet international pour élaborer un plan d’amélioration de son processus actuel, cherchant des méthodes plus efficaces pour mobiliser la communauté au-delà du cercle habituel des citoyens déjà engagés.

La dimension internationale du projet apporte également une perspective unique sur la résilience urbaine. L’inclusion de villes ukrainiennes et moldaves souligne la volonté de l’Union européenne d’exporter ces modèles de gouvernance démocratique vers des régions en pleine transition ou reconstruction. Pour ces partenaires, la participation citoyenne n’est pas un luxe, mais un outil de cohésion sociale essentiel.
Un sommet européen de la démocratie locale
Le point d’orgue de ce lancement aura lieu les 21 et 22 mai prochains. Alytus accueillera les délégations des six pays partenaires pour une immersion totale. Au programme : visites des espaces urbains transformés par les initiatives des habitants et ateliers de travail pour adapter les méthodes lituaniennes aux contextes locaux de Dublin ou d’Alghero.

À terme, chaque ville partenaire repartira avec un plan de transfert de connaissances personnalisé. Pour Alytus, l’objectif est double : consolider sa place de pionnière en Lituanie et prouver que l’innovation démocratique ne vient pas toujours des grandes métropoles de l’Ouest, mais peut émerger avec force des villes moyennes d’Europe centrale et orientale. Ce projet CITI4UD marque ainsi une nouvelle ère où la gestion de la cité ne se fait plus seulement depuis l’hôtel de ville, mais directement dans la rue, au contact de ceux qui la font vivre.
Source: Alytaus miesto savivaldybė
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