Le 30 avril dernier, les lumières se sont éteintes dans une salle de Toronto pour la première mondiale de Vegapolis. Sur l’écran du Hot Docs, le plus grand festival de documentaires d’Amérique du Nord, le public canadien découvrait une structure familière des habitants de l’Hérault : la patinoire emblématique de Montpellier. À travers l’objectif de la réalisatrice Micha Barban Dangerfield, ce lieu de loisirs devient le théâtre des premières amours et des rêves d’adolescence, captivant une audience internationale bien loin des rives du Lez.
Cette projection n’est pas un cas isolé. Elle illustre la montée en puissance d’un écosystème créatif local qui transforme désormais Montpellier en un pôle cinématographique majeur. Soutenus par le Fonds d’aide ICC de la Métropole, les réalisateurs et producteurs montpelliérains multiplient les sélections dans les rendez-vous les plus prestigieux, de la Berlinale au Festival de Cannes.

Un levier économique pour les jeunes sociétés de production locales
Pour les structures montpelliéraines, ces festivals représentent bien plus qu’une simple reconnaissance artistique. Romain Rampillon, producteur chez Avant la Nuit, souligne la dimension pragmatique de ces déplacements. À Toronto, son emploi du temps s’est partagé entre les projections et des rendez-vous d’affaires cruciaux pour sécuriser les financements de futurs projets. En seulement cinq ans, sa société a déjà produit huit films, dont La maison brûle, autant se réchauffer, remarqué à la Quinzaine des Cinéastes à Cannes en 2023.

Cette dynamique profite directement à l’économie locale. Une sélection agit comme un label de qualité qui rassure les investisseurs institutionnels. Alice Baldo, de Bapla Films, confirme que la présentation de Mes fantômes arméniens à Berlin a servi de tremplin indispensable pour obtenir des aides de la Région Occitanie et de la Métropole. Ce cercle vertueux permet aux jeunes entreprises de gagner en crédibilité et de pérenniser des emplois créatifs sur le territoire.

Des sélections prestigieuses qui valident le talent montpelliérain
Le succès de Knit’s Island, réalisé par le trio montpelliérain Guilhem Causse, Ekiem Barbier et Quentin L’Helgoualc’h, reste l’un des exemples les plus frappants de cette réussite. Avec 115 sélections et 14 prix internationaux, le film a voyagé du Chili au Japon, prouvant que des œuvres nées à Montpellier possèdent une résonance universelle. En France, ce parcours exceptionnel a permis une diffusion dans dix salles, totalisant 6 000 entrées, un chiffre significatif pour un documentaire de création.
Points clés
- Visibilité mondiale : Présence accrue à Toronto, Berlin, Cannes et Amsterdam
- Soutien public : Rôle déterminant du Fonds d’aide ICC de la Métropole de Montpellier
- Diversité des genres : Succès allant du documentaire sociétal à l’animation et au court-métrage fantastique
- Rayonnement commercial : Exportation des œuvres vers les marchés asiatiques et américains
L’accompagnement et la distribution comme clés de l’exportation
L’entrée dans ces festivals reste une compétition féroce où l’improvisation n’a pas sa place. Boris Garavini, des Films Invisibles, rappelle que les sélectionneurs reçoivent des milliers de propositions pour seulement quelques places. Dans ce contexte, le rôle des distributeurs devient stratégique. Cyril Favelin, dirigeant de Sélénite Productions, explique comment un distributeur bien implanté a permis au court-métrage Finir au soleil de franchir des frontières complexes, atteignant des festivals aux États-Unis, en Turquie et même au Kurdistan irakien.
Cette structuration professionnelle porte ses fruits jusque dans le secteur de l’animation. Le studio Les Fées Spéciales vient de voir son court-métrage 2h14 sélectionné pour la compétition officielle d’Animafest Zagreb en juin prochain. Ce rendez-vous, l’un des plus exigeants au monde pour le cinéma d’animation, marque une nouvelle étape dans la consécration internationale des talents montpelliérains. Le territoire ne se contente plus d’être une terre de tournage ; il s’affirme désormais comme un véritable vivier de création capable d’exporter son regard sur le monde.
Source: En Commun – Montpellier
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