Au-dessus de l’agitation des rues de Vilnius, Kaunas ou Klaipėda, une nouvelle forme de vie s’installe sur les sommets des bâtiments commerciaux. L’enseigne de distribution balte Iki a entrepris de transformer ses toits en véritables sanctuaires pour les pollinisateurs, installant des ruches là où trônent habituellement les systèmes de climatisation et les panneaux photovoltaïques. Cette initiative, loin d’être anecdotique, s’inscrit dans une stratégie de réappropriation de l’infrastructure urbaine au profit de l’environnement.
Des écosystèmes perchés au-dessus du bitume
Si les fraises, les pommes ou les noix garnissent nos tables, c’est en grande partie grâce au travail silencieux des abeilles. Partant de ce constat, la direction d’Iki a choisi d’intégrer la nature directement sur ses points de vente. Selon Nijolė Kvietkauskaitė, directrice générale d’Iki Lietuva, cette démarche répond à une question simple : comment mieux utiliser les surfaces déjà existantes ? Les bâtiments des réseaux de distribution sont des structures massives dans le paysage urbain ; les transformer en hôtes pour la biodiversité permet de réduire leur empreinte environnementale tout en rendant la ville plus vivante.

L’installation ne se limite pas à la capitale. Des ruches ont été déployées à Kaunas, Klaipėda et Panevėžys, notamment sur le toit du centre logistique de cette dernière. Ce maillage permet de couvrir une grande partie du territoire urbain lituanien, offrant aux abeilles un accès privilégié aux parcs, jardins privés et balcons fleuris des environs.

La ville, un refuge paradoxal pour les pollinisateurs
Contrairement aux idées reçues, le milieu urbain peut s’avérer plus hospitalier pour les abeilles que certaines zones rurales exploitées de manière intensive. En ville, l’usage de pesticides est drastiquement réduit par rapport aux grandes monocultures agricoles. De plus, la diversité des plantes ornementales dans les jardins publics et sur les balcons assure une floraison plus longue et plus variée tout au long de la saison.

Pour mener à bien ce projet, l’enseigne s’est associée aux experts d’Urbanbee.lt. Paulius Chockevičius, fondateur de cette structure spécialisée, souligne que l’apiculture urbaine joue également un rôle pédagogique crucial. Elle permet de transformer la crainte souvent associée aux insectes piqueurs en une compréhension de leur nécessité vitale. Pour garantir la sécurité des clients et des passants, des abeilles de race « Buckfast » ont été sélectionnées. Réputées pour leur douceur et leur caractère non agressif, elles ne s’intéressent qu’aux fleurs et ignorent les activités humaines au sol.
Un investissement dans la durabilité concrète
Cette initiative n’est qu’une pièce d’un puzzle beaucoup plus vaste. Pour l’année 2024, les investissements d’Iki dans des projets liés au développement durable s’élèvent à 5,5 millions d’euros. Au-delà des ruches, l’entreprise déploie massivement des centrales solaires sur ses toits, optimise ses systèmes de réfrigération pour les rendre moins énergivores et installe des infrastructures de recharge pour véhicules électriques.
Comme le souligne Vilius Jorudas, responsable de la durabilité chez Iki, l’objectif est de rendre l’écologie tangible. Plutôt que de s’en tenir à des rapports techniques complexes, la présence d’un rucher au-dessus du lieu de courses quotidien rappelle aux citoyens que, même dans une ville dynamique et bétonnée, la nature peut retrouver sa place. Ces abeilles urbaines ne se contentent pas de produire du miel ; elles maintiennent la vitalité des espaces verts citadins, luttant ainsi contre l’érosion de la biodiversité à l’échelle locale.
Source: ELTA
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