Le 18 mai dernier, une « rivière rougeoyante » a officiellement rejoint le plan cadastral de Montpellier. Entre les rues Adam de Craponne et Bouschet de Bernard, la nouvelle rue Michel Passet a été inaugurée en présence d’une foule compacte, mêlant anciens élus, militants de longue date et habitants du quartier Figuerolles. Ce passage piétonnier, bordé de liquidambars, ne se contente pas de desservir de nouveaux immeubles : il sanctuarise l’accès public sur un terrain autrefois privé, marquant une victoire symbolique pour l’urbanisme de proximité.
Un trait d’union piéton entre les rues Adam de Craponne et Bouschet de Bernard
L’aménagement de cette voie publique répond à une volonté de créer de la « porosité » dans un tissu urbain de plus en plus dense. Située sur l’emprise de l’ancienne menuiserie Vergnes, la rue Michel Passet permet désormais de relier deux axes majeurs de Figuerolles. Cette percée architecturale a été imposée aux promoteurs immobiliers pour éviter l’enclavement des nouvelles résidences et garantir la libre circulation des riverains.
Lors de la cérémonie, Michaël Delafosse, maire de Montpellier, a souligné que ce cheminement défie les logiques habituelles de la production urbaine. En transformant une propriété privée en espace public, la municipalité a appliqué un principe cher à Michel Passet : faire financer les aménagements collectifs par ceux qui bénéficient de la rente foncière. Ce passage devient ainsi un bien commun au cœur d’un îlot en pleine mutation.

De la menuiserie Vergnes à l’effervescence de la Friche à Mimi
L’histoire de ce site est indissociable de l’activité artisanale du XXe siècle. Dès les années 1920, Joseph Vergnes y installa sa menuiserie, profitant de la proximité de la gare Chaptal pour le transport du bois. Le quartier était alors le poumon industriel de la ville. Après le déclin de l’activité dans les années 1980, le site a connu une seconde vie grâce à Marie-Louise Vergnes, surnommée Mimi.
En créant la « Friche à Mimi », elle a ouvert la voie aux tiers-lieux culturels bien avant que le concept ne devienne à la mode. Ce centre d’agitation artistique a longtemps repoussé la pression immobilière. Si des immeubles modernes occupent aujourd’hui une partie du terrain, la nouvelle rue conserve la mémoire de ce lieu de partage en portant le nom d’un autre « Mimi », Michel Passet, disparu en 2021.

L’héritage politique d’un élu attaché au terrain
Michel Passet a marqué la vie politique montpelliéraine de 1995 à 2014. Ancien ouvrier chez Peugeot à Sochaux, passé par le secrétariat de Georges Marchais au comité central du PCF, il était une figure respectée de la gauche locale. Adjoint successivement chargé de la jeunesse, de la vie associative, du patrimoine et de l’énergie, il a laissé une empreinte durable sur la gestion de la ville.
Hervé Martin, vice-président de la Métropole, a rappelé l’une des leçons majeures de son mentor : « On ne peut bien faire de la politique sur un territoire que si l’on aime ce territoire ». Son engagement ne s’arrêtait pas aux frontières de Montpellier. Michel Passet a œuvré activement pour le jumelage avec Bethléem et a manifesté une solidarité constante envers le peuple cubain, prônant une fraternité vécue au quotidien plutôt que théorique.

Une victoire de l’espace public sur la rente foncière
Au-delà de l’hommage, cette inauguration illustre une méthode de fabrique de la ville. Clara Gimenez, vice-présidente déléguée au logement, a insisté sur la formation de cadres politiques capables de négocier face aux intérêts privés. La rue Michel Passet est le résultat concret de cette vision où l’élu impose l’intérêt général dans les projets immobiliers.
Les enfants de Michel Passet, Laurie, Bertrand et Marion, ont évoqué un homme qui avançait avec ses idées « comme d’autres avec une boussole ». Pour les habitants de Figuerolles, cette boussole pointe désormais vers un espace de déambulation qui honore autant le passé industriel du quartier que l’idéal de justice sociale porté par l’ancien élu. Le passage est ouvert, reliant désormais les gens entre eux, exactement comme Michel Passet l’aurait souhaité.
Source: En Commun – Montpellier
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