Le rythme du groupe Rasin Baobab résonnera bientôt dans les rues de Pierrefitte, marquant le début d’un cycle mémoriel d’une importance particulière. En mai 2026, les communes de Saint-Denis et Pierrefitte s’unissent pour commémorer le 25e anniversaire de la loi Taubira, un texte fondateur ayant reconnu l’esclavage colonial comme un crime contre l’humanité.
Ces deux journées, organisées les 17 et 23 mai, visent à transformer le devoir de mémoire en un acte citoyen et vivant, mêlant solennité et expressions culturelles. Portées par les associations Sonjé et Mémoires Ultramarines (AMU), ces célébrations rappellent l’histoire de millions d’Africains déportés, tout en ancrant ce récit dans le présent des quartiers dionysiens.
Un hommage musical et solennel au parc Nelson-Mandela
La première étape de ce parcours mémoriel se déroulera le dimanche 17 mai à Pierrefitte. Le rassemblement est fixé à 10h45 devant l’hôtel de ville, avant une traversée symbolique des voies de tramway vers le parc Nelson-Mandela. Franck Pétrose, président de l’AMU, insiste sur la dimension filiale de l’événement : « Cette journée est un hommage à nos aïeuls victimes de l’esclavage colonial ».
Le programme prévoit des prises de parole officielles, mais aussi une forte dimension artistique. Les élèves de CM2 de l’école Jean-Jaurès interpréteront les chants Bois d’Ebène et le gospel O Freedom, fruits d’un travail pédagogique mené en classe d’histoire. Cette implication de la jeunesse locale fait écho à d’autres initiatives régionales visant à renforcer l’ enseignement de l’histoire de l’esclavage auprès des nouvelles générations.
La transmission historique par la poésie et l’engagement
Au-delà des chants, la parole sera donnée au conseil municipal des collégiens de Pierrefitte. Ces jeunes élus liront le poème Ghetto de Guy Tirolien, un texte puissant sur l’identité et la résilience. Pour Sabah, référente jeunesse à l’Espace Pierrefitte Jeunes, l’exercice dépasse la simple commémoration : il s’agit d’apprendre aux adolescents à s’exprimer publiquement et à s’approprier leur héritage culturel.
En parallèle des cérémonies, l’hôtel de ville de Pierrefitte accueille jusqu’au 20 mai une exposition de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage. Intitulée « Esclavage et abolitions, une histoire de France », elle offre un support visuel et historique indispensable pour comprendre les mécanismes de la traite transatlantique entre le 15e et le 19e siècle.
Recueillement et fleurs sur la place Robert-De-Cotte
Le samedi 23 mai, l’attention se déplacera vers Saint-Denis pour une cérémonie centrée sur la stèle de la place Robert-De-Cotte. Ce monument, œuvre de Nicolas Cesbron, est composé de médaillons portant 213 noms d’esclaves, un nombre symbolisant les 213 années de pratique de l’esclavage en France.
Mylène, présidente de l’association Sonjé (qui signifie « se souvenir » en créole), coorganise ce moment avec le CM98. Le fleurissement de la stèle à 14h30 se veut un acte de connexion spirituelle. « Ce mémorial n’est pas un moment mort, ils continuent d’être présents avec nous », explique-t-elle. L’ambiance sera réhaussée par les percussions du groupe YinYang-Ka et une chorale d’enfants, illustrant la volonté des organisateurs de proposer un hommage « joyeux » malgré la gravité du sujet.
Vingt-cinq ans après la loi Taubira : un héritage vivant
Ces commémorations s’inscrivent dans un contexte national fort, 25 ans après l’adoption de la loi du 21 mai 2001. Ce texte a marqué un tournant dans la reconnaissance officielle des souffrances coloniales par la République française. À l’image de la mémoire de l’esclavage et de la résistance célébrée dans d’autres villes franciliennes, les rendez-vous de Saint-Denis et Pierrefitte soulignent la nécessité de ne pas oublier.
Pour les associations locales, l’objectif reste la sensibilisation universelle. Que ce soit par le biais de la musique, de la poésie ou du recueillement silencieux devant une stèle, l’histoire de l’esclavage colonial est présentée non pas comme une mémoire communautaire close, mais comme une part intégrante et indissociable de l’histoire de France.
Contexte pour les lecteurs
- 17 mai (10h45) : Rassemblement à l’hôtel de ville de Pierrefitte, musique et lectures au parc Nelson-Mandela.
- 23 mai (14h30) : Cérémonie de fleurissement de la stèle place Robert-De-Cotte à Saint-Denis.
- Loi Taubira : Adoptée le 21 mai 2001, elle fête son quart de siècle en 2026.
- Exposition : Visible à la mairie de Pierrefitte jusqu’au 20 mai.
Source: Commune de Saint-Denis
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