Le 30 avril dernier, la capitale lituanienne a franchi une étape majeure dans sa révolution pédagogique. Pour la deuxième année consécutive, l’initiative « Vilnius est une école » a transformé l’intégralité de l’espace urbain en un campus à ciel ouvert. Ce ne sont pas moins de 25 000 élèves qui ont déserté leurs pupitres habituels pour investir les parcs, les musées, les entreprises et même les couloirs de l’administration publique.
Une logistique d’apprentissage à l’échelle d’une ville
Pour comprendre l’ampleur de l’événement, il faut regarder les chiffres. Cette journée, baptisée « Une journée en ville », a mobilisé 80 écoles sous la juridiction de la municipalité de Vilnius. Environ 1 000 classes ont participé à plus de 4 000 leçons organisées simultanément à travers la capitale. Si le nombre d’élèves reste stable par rapport à la première édition (environ 25 000), le nombre de leçons a bondi, passant de 3 500 en 2023 à plus de 4 000 cette année.
Ce projet n’est pas qu’un événement ponctuel et symbolique. Il s’appuie sur une plateforme numérique robuste qui regroupe désormais plus de 1 200 leçons uniques, créées par des enseignants ou des partenaires extérieurs. À ce jour, plus de 5 300 enseignants et 160 partenaires institutionnels et privés sont connectés à ce réseau. L’objectif à long terme est déjà bien ancré dans la pratique : en moyenne, 5 % des cours hebdomadaires à Vilnius se déroulent désormais hors des murs de l’école tout au long de l’année.

Quand la ville devient le manuel scolaire
L’originalité de la démarche réside dans la diversité des « salles de classe » improvisées. Des dizaines de partenaires ont ouvert leurs portes, offrant une immersion directe dans le monde professionnel et civique.
Parmi les interventions notables, la Croix-Rouge lituanienne a proposé près de 30 sessions axées sur les compétences de vie et le volontariat. Les Chemins de fer lituaniens, l’Inspection nationale du travail ou encore l’Université Mykolas Romeris ont également accueilli des groupes d’élèves pour des cours de sciences, d’économie ou de droit.

Même l’hôtel de ville s’est prêté au jeu. Laura Kairienė, l’architecte en chef de Vilnius, a animé une leçon sur les principes de création urbaine, invitant les jeunes citoyens à porter un regard critique sur leur environnement et à comprendre leur rôle dans le façonnement futur de la cité. De son côté, le vice-maire Vytautas Mitalas a dirigé une session sur les processus de décision politique et l’importance de l’engagement civique.
Un modèle pour l’éducation de demain ?
L’initiative répond à un défi universel : comment rendre l’apprentissage plus concret et stimuler l’engagement des élèves à l’ère du numérique ? En sortant du cadre rigide de la classe, Vilnius mise sur l’apprentissage par l’expérience et l’exploration directe.

« De tels projets élèvent la qualité de l’éducation à un autre niveau », affirme Vytautas Mitalas. « Une enseignante m’a confié qu’elle avait hâte de retourner en ville avec ses élèves après le week-end. C’est cette inspiration qui nous pousse à chercher des méthodes d’enseignement toujours plus innovantes. »
Cependant, le succès de cette journée repose sur un équilibre fragile entre la volonté politique et l’adhésion des partenaires privés. Si l’enthousiasme est réel, la généralisation de ce modèle à 100 % du temps scolaire reste irréaliste face aux contraintes logistiques et aux programmes académiques. Néanmoins, Vilnius prouve qu’avec une plateforme centralisée et une volonté municipale forte, la ville peut devenir un prolongement naturel et efficace de l’école.
Source: Vilniaus miesto savivaldybė
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