2026-05-26
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Un élu portant une écharpe tricolore et deux personnes transportent une large gerbe de fleurs.

Ahmed Benchikh : Saint-Étienne réunit les mémoires du 8 mai 1945

Le soleil déclinait sur l’espace Ahmed-Benchikh ce 8 mai à 18h, alors que les officiels et les citoyens de Saint-Étienne se rassemblaient pour un moment de recueillement singulier. Ici, la commémoration de la victoire de 1945 contre l’Allemagne nazie s’est doublée d’un hommage plus intime et plus douloureux : celui de « l’autre 8 mai 1945 », marqué par la répression sanglante des manifestations indépendantistes en Algérie.

Le sacrifice stéphanois d’Ahmed Benchikh pour la Libération

Au centre de cette cérémonie, le nom d’Ahmed Benchikh résonne comme un pont entre deux rives. Enfant de Saint-Étienne, ce combattant des Forces françaises libres (FFL) a incarné l’engagement des soldats issus des colonies dans la lutte contre l’oppression en Europe. Engagé dès 1943 au sein de la prestigieuse 3e Division d’infanterie algérienne (DIA), il a participé aux campagnes acharnées qui ont permis de briser les lignes ennemies.

Ahmed Benchikh est tombé au champ d’honneur en 1944, ne voyant jamais la victoire finale pour laquelle il avait tout donné. Son nom, désormais ancré dans le paysage urbain stéphanois, rappelle que la liberté de la France s’est écrite avec le sang de ses enfants venus d’ailleurs. En honorant sa figure, la ville reconnaît le rôle majeur des troupes coloniales dans la défaite du nazisme, une contribution souvent restée dans l’ombre des récits nationaux traditionnels.

La tragique ironie des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata

Pendant que les cloches des églises sonnaient la fin des hostilités en Europe, une tragédie se nouait de l’autre côté de la Méditerranée. La municipalité de Saint-Étienne a choisi d’évoquer avec clarté cette « ironie de l’histoire ». À Sétif, Guelma et Kherrata, les manifestations pour l’indépendance de l’Algérie ont été réprimées dans le sang, faisant des dizaines de milliers de victimes.

Ahmed Benchikh : Saint-Étienne réunit les mémoires du 8 mai 1945

En intégrant ce récit à la célébration officielle, la ville refuse l’amnésie sélective. Cette démarche s’inscrit dans une volonté de porter un regard lucide sur le passé colonial français, reconnaissant que la joie de la Libération fut, pour beaucoup de familles algériennes, synonyme de deuil et de traumatisme. Cette double commémoration vise à apaiser les mémoires franco-algériennes en ne cachant aucune part de l’histoire commune.

Saint-Étienne et le défi du récit mémoriel partagé

Terre d’immigration historique, Saint-Étienne porte en elle les traces de ces trajectoires croisées. La reconnaissance de l’histoire coloniale n’est pas perçue ici comme une source de division, mais comme un levier d’apaisement nécessaire. En honorant à la fois les libérateurs de l’Europe et les victimes de la répression coloniale, la municipalité cherche à bâtir un récit commun pour un vivre-ensemble serein.

Les combattants d’Afrique, dont Ahmed Benchikh est le symbole local, retrouvent leur place légitime dans la mémoire collective de la cité. Cette reconnaissance officielle permet de lier les générations et de reconnaître l’identité plurielle de Saint-Étienne, forgée par les vagues successives de ceux qui ont construit et défendu la France.

Ahmed Benchikh : Saint-Étienne réunit les mémoires du 8 mai 1945

Une exposition sur les résistants oubliés à l’Hôtel-de-Ville

Le travail de mémoire se poursuit au-delà de la cérémonie publique. Les Stéphanois sont invités à découvrir l’exposition intitulée « Ces résistants oubliés & l’Affiche rouge », actuellement installée dans le hall de l’Hôtel-de-Ville. Ce parcours documentaire met en lumière le rôle crucial des étrangers et des colonisés dans la Résistance et la Libération du territoire national.

À travers des documents d’archives et des portraits, l’exposition complète l’hommage rendu à Ahmed Benchikh en replaçant son destin individuel dans le contexte plus large des forces internationales qui ont permis de libérer l’Europe du joug nazi. Cet effort pédagogique s’adresse particulièrement aux jeunes générations pour qu’elles s’approprient cette histoire complexe et partagée.

Source: Ville de Saint-Étienne

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Camille Lefebvre

Camille Lefebvre

Auteur

Camille Lefebvre est une journaliste passionnée par la vie locale stéphanoise. Avec plus de dix ans d'expérience dans la presse régionale, elle suit de près l'actualité municipale de Saint-Étienne, des projets d'urbanisme aux initiatives citoyennes. Rigoureuse et engagée, elle s'attache à décrypter les décisions du conseil municipal pour offrir une information vérifiée et accessible, tout en mettant en lumière les enjeux sociaux et culturels qui animent le quotidien des habitants du Forez

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