En Lituanie, la transition énergétique du rail ne passe pas uniquement par les câbles électriques. Alors que le pays affiche l’un des taux d’électrification ferroviaire les plus bas d’Europe, l’opérateur national Lietuvos Geležinkeliai (LTG) mise sur une solution de transition radicale : l’huile végétale hydrogénée (HVO100). Ce biocarburant, issu à 100 % de matières premières renouvelables comme les huiles de cuisson usagées ou les résidus de l’industrie agroalimentaire, fait actuellement l’objet de tests grandeur nature en collaboration avec l’Université de Klaipėda.
L’enjeu est de taille pour cet État balte qui cherche à réduire sa dépendance aux combustibles fossiles tout en modernisant ses infrastructures critiques. Le projet pilote, qui mobilise un million de litres de HVO100, porte sur trois types de matériel roulant : des trains de passagers, des locomotives de manœuvre et des locomotives de ligne.
Des résultats probants sur les émissions polluantes
Les premiers relevés effectués par les scientifiques de Klaipėda montrent que le passage au carburant paraffinique ne nécessite aucune modification technique majeure sur les moteurs à combustion interne existants. Les performances énergétiques restent stables, mais l’impact environnemental immédiat est significatif.

| Indicateur environnemental | Réduction constatée avec le HVO100 |
|---|---|
| Émissions de dioxyde de soufre (SO2) | – 40 % |
| Émissions de monoxyde de carbone (CO) | – 60 % |
| Opacité des fumées (selon le régime) | Jusqu’à – 100 % |
| Émissions de CO2 (cycle de vie complet) | Jusqu’à – 90 % |
Si les rejets de CO2 au moment de la combustion varient peu, c’est l’analyse « du puits à la roue » (well-to-wheel) qui révèle le véritable potentiel du HVO. En prenant en compte la captation de carbone lors de la croissance des matières premières végétales, le bilan carbone global s’effondre de près de 90 % par rapport au diesel traditionnel.
Une solution de transition face au retard d’électrification
Pourquoi investir dans les biocarburants plutôt que dans le tout-électrique ? La réponse est structurelle. Actuellement, seulement 8 % du réseau ferroviaire lituanien est électrifié. LTG a lancé le plus grand projet d’infrastructure de l’histoire de la Lituanie indépendante : l’électrification de l’axe stratégique Vilnius-Klaipėda. Une fois ces travaux titanesques achevés, la part du réseau électrifié passera à 28 %.

Le HVO apparaît donc comme un complément indispensable pour décarboner les 72 % restants du réseau, là où l’électrification n’est pas encore techniquement ou économiquement viable à court terme. « Notre ambition n’est pas de procéder à des changements cosmétiques, mais à une réduction réelle de l’impact environnemental sur toute la chaîne de valeur », souligne Vytautas Radzevičius, responsable de la stratégie du groupe LTG.
Modernisation de la flotte et perspectives
Parallèlement à ces tests de carburants alternatifs, la Lituanie renouvelle massivement son matériel. La filiale passagers, LTG Link, teste actuellement 15 nouveaux trains Stadler, dont certains modèles sont équipés de batteries pour circuler sur les tronçons non électrifiés. Côté fret, LTG Cargo a commandé 17 locomotives électriques qui devraient entrer en service dès l’année prochaine.

Cependant, des zones d’ombre subsistent. Le coût du HVO100 reste supérieur à celui du diesel fossile, et les chercheurs de l’Université de Klaipėda doivent encore évaluer l’impact à long terme de ce carburant sur la longévité des moteurs et les coûts de maintenance. Comme le précise le recteur Artūras Razbadauskas, l’approche scientifique permet de s’appuyer sur des données concrètes plutôt que sur des promesses déclaratives. Les conclusions définitives de ce projet pilote sont attendues pour la mi-2025, date à laquelle LTG décidera de l’intégration massive du biocarburant dans sa stratégie opérationnelle.
Source: BNS
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