Le pavé de mémoire de la place des Martyrs de la Résistance s’est paré de couleurs inhabituelles ce 8 mai 2026. Entre les dalles grises, deux petits drapeaux, l’un français et l’autre britannique, encadrent désormais le nom du Major Andrew Croft. Pour la première fois, la capitale héraultaise rend un hommage officiel à cet officier du Special Operations Executive (SOE), dont l’action fut déterminante pour la libération de la ville en août 1944.
Venue spécialement de Londres avec ses proches, Julia Korner, la fille du Major, a déposé une gerbe sur ce mémorial à même le sol avant de rejoindre le Monument aux Morts. Ce geste marque la reconnaissance tardive mais solennelle d’un homme qui, avant de devenir un héros de l’ombre dans le Languedoc, s’était illustré comme explorateur polaire.
Un hommage intime place des Martyrs de la Résistance
L’émotion était palpable lors du recueillement matinal. Julia Korner, consultante en art et co-fondatrice du Andrew Croft Memorial Fund, a souligné la symbolique de ces pavés qui parsèment le sol montpelliérain. Cette initiative municipale permet d’inscrire dans l’espace public les noms de ceux qui, sans être forcément des figures nationales, ont risqué leur vie pour la liberté.
Accueillie par Michaël Delafosse, maire de Montpellier, la famille Croft a pu constater que le souvenir du Major reste lié à celui de ses frères d’armes. À proximité de son nom figurent ceux des membres du maquis de Bir Hakeim, rappelant l’unité des forces alliées et locales durant l’été 1944. Cette cérémonie s’inscrit dans une volonté plus large de proposer une immersion dans l’histoire de la Résistance locale, valorisant les lieux de mémoire disséminés dans la ville.
Du renseignement polaire au maquis de Bir Hakeim
Le parcours d’Andrew Croft semble tout droit sorti d’un roman d’espionnage. Officier expérimenté du SOE, le fameux « service secret de Churchill », il est parachuté dans l’Hérault dans la nuit du 16 au 17 août 1944. Sa mission, baptisée Opération Snow White (Blanche-Neige), consistait à coordonner le harcèlement des troupes allemandes, notamment la 11e Panzerdivision, alors en plein repli vers la vallée du Rhône.
Récupéré par les résistants du maquis de Bir Hakeim sur les hauteurs de Saint-Pons-de-Thomières, Croft arrive dans un groupe meurtri par les récents combats de La Parade. Aux côtés de François Rouan, alias « Montaigne », il participe activement à la redynamisation du maquis. Son expertise militaire et son sang-froid permettent d’organiser des sabotages et des embuscades décisifs sur les routes secondaires du Languedoc. Ce travail de l’ombre est une composante essentielle de la mémoire des quartiers montpelliérains et de l’arrière-pays.
L’héritage de l’opération Snow White
Le 25 août 1944, le Major Croft entrait dans Montpellier libérée, accueilli en héros sur la place de la Comédie. Soixante-douze ans après sa disparition en 1998, sa fille a remis au maire un ouvrage intitulé SOE Opération Snow White, contenant des documents inédits sur cette période charnière. En échange, Julia Korner a reçu l’édition du jour de la presse locale, consacrant une large place à l’épopée de son père.
Cette transmission mémorielle doit beaucoup à Gary Lawrence, un citoyen britannique installé à Montpellier. En faisant le lien entre les publications historiques de la Ville et la famille Croft à Londres, il a permis d’organiser cette rencontre. Comme l’a rappelé Michaël Delafosse lors de son allocution, cet hommage rappelle que la liberté de Montpellier repose sur une alliance internationale dont le Major Croft reste l’un des symboles les plus marquants.
Source: En Commun – Montpellier
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